L’endométriose touche environ une femme sur dix en âge de procréer, soit entre 1,5 et 2,5 millions de femmes en France. Pourtant, le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic reste trop souvent de plusieurs années. Beaucoup de femmes vivent avec des douleurs invalidantes en pensant que c’est « normal ».
Ce n’est pas normal. Et vous méritez d’être entendues.
Dans cet article, je vous explique honnêtement ce que l’ostéopathie peut apporter dans la prise en charge de l’endométriose, ce que dit la recherche scientifique à ce jour, et comment ce soin s’inscrit dans un parcours médical global.

Qu’est-ce que l’endométriose ?
L’endométriose est une maladie gynécologique chronique dans laquelle des cellules semblables à celles qui tapissent l’intérieur de l’utérus (l’endomètre) se développent en dehors de celui-ci : sur les ovaires, les trompes, les ligaments utérins, le péritoine, parfois l’intestin ou la vessie.
Sous l’effet des hormones du cycle menstruel, ces tissus réagissent comme s’ils étaient dans l’utérus : ils s’enflamment, saignent, créent des adhérences. Et contrairement aux règles, ce sang n’a nulle part où s’évacuer.
Les symptômes les plus fréquents sont :
- Des règles très douloureuses (dysménorrhées sévères)
- Des douleurs pelviennes chroniques, parfois présentes tout au long du cycle
- Des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunies)
- Des troubles digestifs ou urinaires, souvent aggravés pendant les règles
- Une fatigue chronique
- Des difficultés à concevoir
Il est important de rappeler que l’intensité des douleurs n’est pas corrélée à la sévérité de la maladie : on peut avoir des douleurs très invalidantes avec des lésions limitées, et peu de symptômes dans des formes étendues.
Ce que dit la Haute Autorité de Santé
La HAS et le CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français) recommandent une prise en charge pluridisciplinaire et individualisée de l’endométriose. Leurs recommandations insistent sur la nécessité d’une approche coordonnée entre les différents professionnels de santé, et intègrent explicitement les thérapeutiques non médicamenteuses dans le parcours de soin.
C’est dans ce cadre que l’ostéopathie trouve sa place.
Ce que la recherche dit sur l’ostéopathie et l’endométriose
Soyons honnêtes : la recherche sur l’ostéopathie et l’endométriose est encore jeune, et les études disponibles restent de petite envergure. Il ne s’agit pas ici de survendre ce que nous pouvons faire.
Cela dit, les résultats existants sont encourageants :
Une étude pilote publiée en 2015 dans l’European Journal of Obstetrics, Gynecology and Reproductive Biology a évalué l’impact d’un traitement ostéopathique sur des patientes atteintes d’endométriose colorectale. Les résultats ont montré une amélioration significative de la qualité de vie, mesurée via le questionnaire SF-36, en moyenne en 24 jours.
Une seconde étude publiée en 2017 dans Gynécologie, Obstétrique, Fertilité et Sénologie, portant sur 46 patientes, a confirmé ces résultats : amélioration significative des composantes physiques et psychologiques de la qualité de vie après prise en charge ostéopathique, en moyenne en 28 jours.
Ces résultats sont prometteurs. Ils ne permettent pas d’affirmer que l’ostéopathie guérit l’endométriose — ce serait faux. Mais ils suggèrent qu’elle peut contribuer à mieux vivre avec la maladie.
Concrètement, que fait l’ostéopathe ?
L’endométriose crée des foyers inflammatoires qui perturbent la mobilité des organes, des ligaments et des fascias. Ces restrictions de mobilité entretiennent la douleur et peuvent amplifier les symptômes.
En tant qu’ostéopathe spécialisée, mon travail consiste à :
Évaluer la mobilité globale du bassin et des organes pelviens pour identifier les zones de tension et de restriction liées à la maladie ou à ses conséquences (adhérences post-chirurgicales, tensions ligamentaires, congestion pelvienne).
Travailler sur les structures impliquées : utérus et ses moyens de fixité, ovaires, péritoine, système digestif, bassin, lombaires, diaphragme — avec des techniques douces, adaptées à chaque patiente et à chaque phase du cycle.
Améliorer la circulation locale : un tissu mieux irrigué et moins congestionné souffre moins. L’ostéopathie viscérale vise notamment à améliorer le retour veineux et lymphatique dans la région pelvienne.
Travailler sur le système nerveux autonome, dont la régulation joue un rôle dans la perception de la douleur chronique et dans la récupération générale.
Accompagner avant et après une chirurgie : la prise en charge post-opératoire est un aspect souvent négligé mais très important. Les cicatrices (cœlioscopie, laparotomie) créent des adhérences qui peuvent devenir source de douleurs à distance. C’est d’ailleurs le sujet de mon mémoire de fin d’études, réalisé avec le Dr Collier, ancien chef de service de chirurgie gynécologique.
Ce que l’ostéopathie ne peut pas faire
Par souci de transparence, il me semble essentiel de le préciser :
- L’ostéopathie ne traite pas les lésions d’endométriose elles-mêmes
- Elle ne remplace pas le suivi gynécologique, le traitement hormonal ou la chirurgie si ceux-ci sont indiqués
- Elle ne garantit pas de résultats identiques pour toutes les patientes
Son rôle est d’accompagner, de soulager, et d’améliorer le confort de vie — en complément d’une prise en charge médicale.
Une prise en charge qui gagne à être pluridisciplinaire
L’endométriose est une maladie complexe qui bénéficie d’une approche coordonnée. Dans ma pratique, je travaille régulièrement en lien avec des gynécologues, des sages-femmes, des kinésithérapeutes périnéaux, des psychologues et des médecins de la douleur.
Si vous êtes déjà suivie par un ou plusieurs professionnels de santé, n’hésitez pas à le mentionner lors de votre consultation : cela me permet d’adapter ma prise en charge et, si nécessaire, d’orienter ou de communiquer avec votre équipe médicale.
Quand consulter ?
Vous pouvez prendre rendez-vous :
- Si vous souffrez de douleurs pelviennes chroniques, avec ou sans diagnostic posé
- En complément d’un traitement médical ou hormonal en cours
- Avant ou après une intervention chirurgicale (cœlioscopie, résection)
- Si vous êtes en parcours PMA et souhaitez un accompagnement global
- Si vous avez l’impression d’avoir tout essayé et que vos douleurs ne sont pas suffisamment soulagées
Vous n’avez pas besoin d’ordonnance pour consulter un ostéopathe.
Sources : HAS/CNGOF – Recommandations de bonne pratique sur la prise en charge de l’endométriose (2018, actualisées 2024) — Florian Schlaefli et al., European Journal of Obstetrics, Gynecology and Reproductive Biology, 2015 — Étude pilote, Gynécologie, Obstétrique, Fertilité et Sénologie, 2017 — INSERM, dossier endométriose