Névralgie pudendale : une douleur trop souvent ignorée

Vous ressentez des douleurs intenses au niveau du périnée, du vagin, de l’anus ou des organes génitaux ? Ces douleurs s’aggravent en position assise et disparaissent ou diminuent quand vous vous allongez ou vous levez ? Vous avez peut-être consulté plusieurs médecins sans obtenir de réponse claire ?

Vous souffrez peut-être d’une névralgie pudendale. C’est une pathologie encore trop méconnue, y compris dans le milieu médical, et qui génère souvent plusieurs années d’errance diagnostique avant d’être identifiée.

Dans cet article, je vous explique ce qu’est la névralgie pudendale, comment elle se diagnostique, et quelle place peut occuper l’ostéopathie dans sa prise en charge globale.

Qu’est-ce que la névralgie pudendale ?

Le nerf pudendal (anciennement appelé nerf honteux) est un nerf issu des racines sacrées S2, S3 et S4. Il innerve le périnée, les organes génitaux externes, la région anale et une partie de la vessie. C’est un nerf essentiel, impliqué dans la sensibilité, la continence et la sexualité.

La névralgie pudendale correspond à une irritation ou à une compression de ce nerf sur son trajet — notamment au niveau du canal d’Alcock (pince ligamentaire formée par les ligaments sacroépineux et sacrotubéral) ou encore sous le muscle piriforme.

Elle représente environ 4 % des douleurs pelviennes chroniques, avec un retard diagnostique pouvant aller de 2 à 10 ans. Ce chiffre dit beaucoup sur la souffrance silencieuse de nombreuses patientes.

Les symptômes : comment reconnaître une névralgie pudendale?

Le diagnostic repose sur ce qu’on appelle les « critères de Nantes« , qui définissent un tableau clinique précis :

  • Douleur dans le territoire du nerf pudendal : périnée, vulve, vagin, clitoris, anus, rectum — unilatérale ou bilatérale
  • Douleur déclenchée ou aggravée en position assise, et soulagée debout, allongée, ou assise dans le vide (comme sur les toilettes)
  • Douleur diurne, s’aggravant au fil de la journée, sans réveil nocturne
  • Absence de déficit sensitif ou moteur objectif
  • Troubles sexuels associés : dyspareunies, allodynie vulvaire, anesthésie génitale
  • Troubles urinaires ou rectaux : pollakiurie, dysurie, dyschésie

Ces symptômes peuvent être extrêmement invalidants au quotidien — position assise au travail, conduite, activité physique, sexualité. Le retentissement psychologique est souvent important et doit être pris en compte dans la prise en charge.

Toute suspicion doit être adressée à un spécialiste — médecin de la douleur — pour confirmation par un bloc nerveux anesthésique. En cas de soulagement par le bloc anesthésique, la névralgie pudendale est retenue.

Une IRM pelvienne et lombo-sacrée est recommandée pour éliminer d’autres causes de douleurs périnéales. L’électromyographie périnéale, longtemps utilisée, n’est aujourd’hui plus retenue comme critère diagnostique fiable.

Il est important de le rappeler : la névralgie pudendale est un diagnostic d’élimination. D’autres pathologies peuvent présenter des symptômes similaires — endométriose profonde, coccygodynie, vulvodynie, syndrome myofascial du plancher pelvien — et doivent être écartées.

Quels traitements pour la névralgie pudendale ?

La prise en charge repose sur une approche pluridisciplinaire et personnalisée. Elle peut combiner plusieurs approches selon l’évolution et la tolérance de chaque patiente :

Traitements médicamenteux Les antalgiques classiques (paracétamol, anti-inflammatoires) sont souvent peu efficaces sur les douleurs neuropathiques. Les médicaments les plus utilisés agissent sur les douleurs neuropathiques : antidépresseurs, antiépileptiques et antalgiques de palier 2.

Infiltrations Réalisées sous contrôle scannographique, elles consistent à injecter un anesthésiant au contact du nerf pudendal. Elles ont une valeur à la fois diagnostique (bloc test) et thérapeutique temporaire.

Kinésithérapie périnéale Le travail de relâchement musculaire du plancher pelvien, le biofeedback et l’électrostimulation douce font partie intégrante de la prise en charge conservatrice.

Chirurgie de décompression Elle est envisagée en cas d’échec des traitements conservateurs après au moins 6 mois. Son objectif est de libérer le nerf pudendal des zones de compression. Les résultats sont variables d’une patiente à l’autre.

Quelle place pour l’ostéopathie ?

L’ostéopathie ne traite pas la névralgie pudendale au sens médical du terme. Elle ne remplace pas le suivi médical ou la kinésithérapie périnéale spécialisée.

En revanche, elle peut jouer un rôle complémentaire utile à plusieurs niveaux :

Travailler sur l’environnement mécanique du nerf pudendal Le nerf pudendal chemine entre plusieurs structures — muscles, ligaments, fascias — dont les tensions peuvent aggraver l’irritation. En travaillant sur la mobilité du sacrum, du coccyx, des ligaments sacro-iliaques, du muscle piriforme et de l’obturateur interne, l’ostéopathie peut contribuer à réduire les contraintes mécaniques exercées sur le nerf.

Accompagner les cicatrices et adhérences Un accouchement difficile, une chirurgie pelvienne ou périnéale, une épisiotomie mal cicatrisée peuvent créer des tensions tissulaires qui entretiennent ou aggravent les symptômes. Le travail cicatriciel et fascial fait partie des outils que nous utilisons en consultation.

Améliorer la mobilité globale du bassin Un bassin en restriction de mobilité, des tensions lombaires ou des déséquilibres posturaux peuvent amplifier la congestion pelvienne et la sensibilité des structures nerveuses. Une approche ostéopathique globale vise à restaurer cet équilibre.

Soutenir le système nerveux autonome La douleur chronique entretient un état de tension du système nerveux qui aggrave la perception douloureuse. Certaines techniques ostéopathiques à visée neurovégétative peuvent contribuer à moduler cette réponse.

Ce que l’ostéopathie ne peut pas faire

Il me semble important de le préciser que :

  • L’ostéopathie ne lève pas une compression nerveuse structurelle nécessitant une intervention chirurgicale
  • Elle ne remplace pas le bilan spécialisé, le traitement médicamenteux ni la rééducation périnéale
  • Les résultats varient selon l’ancienneté des symptômes, les antécédents et la situation globale de chaque patiente

Mon rôle est d’accompagner, en coordination avec les autres professionnels déjà impliqués dans votre parcours.

Quand consulter ?

Vous pouvez prendre rendez-vous en ostéopathie :

  • Si vous avez un diagnostic posé de névralgie pudendale et souhaitez un accompagnement complémentaire
  • Si vous présentez des douleurs périnéales chroniques en cours d’exploration
  • En suivi d’une infiltration ou d’une chirurgie de décompression
  • En complément d’une rééducation périnéale en cours
  • Si vous avez subi un accouchement traumatique ou une chirurgie pelvienne

N’hésitez pas à préciser votre situation lors de la prise de rendez-vous, ainsi que les professionnels de santé déjà impliqués dans votre suivi.

Sources : Critères de Nantes — Robert R. et al., description clinique de la névralgie pudendale — RecoMédicales, recommandations névralgie pudendale — PMC/NCBI, syndrome du canal d’Alcock — FMC-HGE, neuropathie pudendale et syndromes apparentés — Revue Médecine, Cairn.info, parcours de soins de la névralgie pudendale