Vous êtes enceinte. Vous avez de l’endométriose. Et dès les premières semaines, les douleurs sont là — des sciatiques, des douleurs lombaires, des tensions pelviennes intenses, bien avant que votre ventre ne soit vraiment arrondi. Vous culpabilisez sans doute face à votre entourage qui vous dit que « ce n’est que le début »!

Depuis des années je remarque que les femmes atteintes d’endométriose semblent vivre des grossesses plus difficiles et douloureuses que les autres. J’ai donc voulu confronter mon intuition avec la littérature scientifique!

Dans cet article, j’explique pourquoi les femmes atteintes d’endométriose — et plus largement, celles qui ont des adhérences pelviennes — souffrent souvent davantage et plus tôt pendant la grossesse. Et pourquoi l’ostéopathie, dans ce contexte précis, peut vous être d’un grand secours.

Les modifications posturales pendant la grossesse

Pour comprendre pourquoi l’endométriose aggrave les inconforts, il faut d’abord comprendre ce qu’une grossesse demande mécaniquement au corps.

Dès les premières semaines, sous l’effet de la relaxine et des hormones de grossesse, le corps commence à préparer son adaptation :

  • Les ligaments du bassin s’assouplissent progressivement
  • Les articulations sacro-iliaques et la symphyse pubienne gagnent en mobilité
  • L’utérus commence à croître et à changer de position
  • Les organes pelviens doivent « faire de la place » — ce qui implique un déplacement et une adaptation de tous les tissus adjacents

Des études ont montré que la mobilité des organes pelviens augmente dès 6 à 18 semaines de grossesse sous l’effet hormonal — un effet généralisé sur le tissu conjonctif visible très tôt au premier trimestre. PubMed

La relaxine assouplit les ligaments et déplace progressivement le centre de gravité. Le bassin doit simultanément s’ouvrir et rester stable — un équilibre délicat qui repose sur la mobilité libre de toutes ses structures. PubMed Central

Dans un pelvis mobile et souple, tout cela se fait progressivement et de façon relativement indolore. Dans un pelvis contraint par des adhérences, c’est une autre histoire.

Ce que l’endométriose change : des adhérences qui résistent à l’adaptation

L’endométriose crée, au fil des cycles, des foyers inflammatoires qui génèrent des adhérences. Ces adhérences sont des bandes de tissu fibreux qui collent les organes entre eux — utérus et rectum, ovaires et péritoine, ligaments utérins et paroi pelvienne.

La sévérité des douleurs pelviennes dans l’endométriose corrèle significativement avec la présence et l’étendue des adhérences pelviennes. Ces adhérences limitent la mobilité des organes et des structures nerveuses avoisinantes. PubMed

Quand la grossesse commence et que le corps réclame mobilité et espace, ces adhérences résistent. Elles tirent sur les structures auxquelles elles sont attachées. Elles limitent le déplacement de l’utérus. Elles peuvent exercer des contraintes sur les nerfs voisins — notamment le nerf sciatique, dont le trajet passe à proximité des ligaments utérins et du muscle piriforme.

C’est précisément ce mécanisme qui explique, à mon sens, pourquoi les patientes atteintes d’endométriose développent des sciatiques, des douleurs ligamentaires et des inconforts pelviens dès le premier trimestre — bien avant que la taille de l’utérus justifie ces symptômes d’un point de vue mécanique classique.

Il n’existe pas, à ce jour, d’étude spécifiquement dédiée à cette observation. Mais les données mécaniques et physiologiques disponibles la rendent parfaitement cohérente et défendable. C’est une réalité clinique que je constate régulièrement en cabinet, et que la physiologie de la grossesse et de l’endométriose permet d’expliquer.

Douleurs fréquentes chez les patientes endométriosiques enceintes

D’après mon expérience clinique et les données disponibles sur l’endométriose et la grossesse, voici les symptômes qui apparaissent souvent précocement chez ces patientes :

Sciatalgies précoces Des irradiations dans le fessier, la face postérieure de la cuisse, parfois jusqu’au mollet — dès le premier trimestre, quand l’utérus n’est pas encore assez volumineux pour comprimer le nerf lui-même. La cause est mécanique : les adhérences pelviennes tirent sur les structures environnantes et réduisent l’espace disponible pour le nerf.

Douleurs inguinales Ces douleurs, normales en fin de grossesse, peuvent survenir très tôt chez les patientes endométriosiques — les ligaments ronds sont souvent pris dans des adhérences qui les rendent moins souples et plus vulnérables.

Tensions sacro-iliaques Les articulations sacro-iliaques doivent s’ouvrir pendant la grossesse. Si le sacrum est contraint par des tensions ligamentaires liées à l’endométriose, cette adaptation est douloureuse et asymétrique.

Douleurs périnéales Chez les patientes ayant une endométriose touchant les ligaments utéro-sacrés ou la région du cul-de-sac de Douglas, l’étirement progressif de ces structures par l’utérus gravide peut réactiver des douleurs profondes et la pesanteur pelvienne.

Troubles digestif amplifiés Les adhérences digestives — intestin, sigmoïde — souvent présentes dans l’endométriose, sont sollicitées par la croissance utérine. Constipation, ballonnements et tensions abdominales peuvent s’aggraver précocement.

Apport de l’ostéopathie pendant une grossesse avec endométriose

L’ostéopathie pendant la grossesse est bien documentée. Une revue systématique et méta-analyse publiée sur PubMed conclut que l’ostéopathie produit des bénéfices cliniquement pertinents chez les femmes enceintes souffrant de douleurs lombaires — avec un effet significatif de taille moyenne sur la réduction de la douleur et l’amélioration du fonctionnement.

Mais dans le contexte spécifique de l’endométriose, l’apport de l’ostéopathie va au-delà du traitement des douleurs habituelles de grossesse. Voici ce que je travaille concrètement :

Libérer l’environnement mécanique de l’utérus gravide L’objectif est d’accompagner l’adaptation progressive de l’utérus en assouplissant les structures qui l’entourent — fascias, ligaments utérins, péritoine — pour que sa croissance se fasse avec le moins de contrainte possible sur les organes et nerfs adjacents.

Travailler sur les adhérences et cicatrices Les femmes atteintes d’endométriose ont souvent subi une ou plusieurs cœlioscopies. Les cicatrices et adhérences post-chirurgicales s’ajoutent aux adhérences endométriosiques. Ce travail fascial doux vise à redonner de la souplesse aux tissus les plus contraints.

Soulager les sciatalgies et les tensions sacro-iliaques Par un travail doux sur le sacrum, les articulations sacro-iliaques, le muscle piriforme et les ligaments pelviens, l’ostéopathie peut réduire les compressions nerveuses et accompagner l’adaptation posturale de la grossesse.

Accompagner le système digestif Chez les patientes avec adhérences digestives, le travail viscéral doux sur l’intestin et le sigmoïde peut contribuer à réduire les tensions abdominales et améliorer le confort digestif.

Préparer le corps à l’accouchement En fin de grossesse, le travail ostéopathique intègre la préparation à l’accouchement : mobilité du bassin, équilibre sacrum-coccyx, détente du plancher pelvien, positionnement optimal du bébé.

Autres pathologies entraînant des adhérences gênantes durant la grossesse

L’endométriose n’est pas la seule source d’adhérences pelviennes. D’autres situations méritent la même vigilance :

Antécédents de chirurgie abdominale ou pelvienne Des adhérences se forment chez 67 à 93 % des patientes après une chirurgie abdominale, et jusqu’à 97 % après une intervention gynécologique ouverte. Iliveok Appendicectomie, chirurgie ovarienne, myomectomie, hystéroscopie — toute chirurgie abdominale ou pelvienne peut laisser des adhérences qui seront sollicitées par la croissance utérine.

Maladie de Crohn et MICI Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) — maladie de Crohn, rectocolite hémorragique — génèrent des inflammations répétées qui créent des adhérences entre les anses intestinales et les organes pelviens voisins. Les maladies inflammatoires chroniques comme la maladie de Crohn augmentent significativement le risque de formation d’adhérences pelviennes. Medicover Hospitals Pendant la grossesse, la croissance utérine sollicite ces adhérences digestives, pouvant aggraver les douleurs abdominales et les troubles du transit.

Antécédents d’infection pelvienne Une maladie inflammatoire pelvienne (MIP), une salpingite, une péritonite peuvent laisser des adhérences pelviennes parfois silencieuses en dehors de la grossesse, mais révélées par les contraintes mécaniques de l’utérus gravide.

Radiothérapie pelvienne Les patientes ayant reçu une radiothérapie pour un cancer pelvien (col de l’utérus, rectum, ovaire) peuvent présenter des fibroses et adhérences radio-induites qui rendent le pelvis particulièrement peu adaptable pendant une grossesse.

Les synéchies Ces adhérences intra-utérines après un curetage ou une chirurgie intra-utérine, peuvent limiter la capacité d’expansion de la cavité utérine pendant la grossesse. Orphanet Ces patientes méritent une attention particulière dès le début de grossesse.

Quand consulter ?

Je recommande à toutes mes patientes de consulter à minima aux quatrième, sixième et huitième mois de grossesse. Ces dates correspondent à des périodes d’évolution posturale majeure, liées à la croissance de l’utérus et du fœtus.

Dans l’idéal, consultez même avant la grossesse si :

  • Vous avez des antécédents de chirurgie abdominale ou pelvienne
  • Vous souffrez d’endométriose, d’une MICI ou d’antécédents d’infection pelvienne

Si vous ressentez des sciatalgies, des douleurs ligamentaires ou pelviennes précoces, vous pouvez consulter dès 10 semaines en ostéopathie. Le suivi ostéopathique est à réaliser en complément de votre suivi prénatal avec votre sage-femme ou votre gynécologue, et ne peut s’y substituer.

Sources : Correlation between endometriosis and pelvic pain, PubMed — Does pregnancy affect pelvic organ mobility, PubMed 2004 — Pregnancy-Related Spinal Biomechanics, PMC 2024 — Pelvic adhesions, PubMed — Osteopathic manipulative treatment for low back and pelvic girdle pain during and after pregnancy: systematic review and meta-analysis, PubMed 2017 — Osteopathic manipulative treatment of back pain during pregnancy: randomized controlled trial, PMC 2010 — Endometriosis-associated maternal pregnancy complications, PMC — Adhérences postopératoires et leur prévention en chirurgie gynécologique, ScienceDirect — Syndrome d’Asherman, Orphanet