Vous souffrez d’endométriose. Vous avez des douleurs pelviennes, des douleurs aux rapports, des règles invalidantes: tout ces symptômes sont reconnus comme étant en lien avec l’endométriose. Mais il y a autre chose: des brûlures ou des décharges sur le périnée, qui s’aggravent en position assise, une sensation de corps étranger dans le vagin ou le rectum. Et pour ces symptômes précis, vous n’avez pas reçu de réponse claire: est-ce dû à l’endométriose?
Il existe une explication, trop souvent méconnue : l’association entre endométriose et névralgie pudendale. Dans cet article, j’explique ce lien, pourquoi il est si fréquemment sous-diagnostiqué, et ce que la thérapie manuelle et l’ostéopathie peuvent apporter dans ce contexte complexe.
Le nerf pudendal : une cible fréquente de l’endométriose
Le nerf pudendal innerve le périnée, les organes génitaux externes, la région anale et une partie de la vessie. Il chemine dans un espace étroit du pelvis, traversant plusieurs structures ligamentaires et musculaires qui peuvent le comprimer ou l’irriter.
Ce que vous ignorez peut-être, c’est que les lésions d’endométriose peuvent atteindre les nerfs. Les nerfs les plus fréquemment atteints sont le nerf sciatique, l’obturateur, le fémoral, le pudendal et les plexus hypogastriques inférieurs. PubMed Central
L’atteinte du nerf pudendal par l’endométriose peut survenir selon plusieurs mécanismes :
Une compression directe par une lésion d’endométriose profondément infiltrante, une inflammation locale ou une adhérence à proximité du nerf, une fibrose post-chirurgicale (notamment après une excision réalisée près du plexus sacré), ou encore une dysfonction secondaire du plancher pelvien où la douleur chronique entraîne des spasmes musculaires qui aggravent la compression nerveuse. Dr. Seckin

Des symptômes qui se confondent
Le diagnostic peut être difficile. Les symptômes de la névralgie pudendale sont souvent « mis sur le dos » de l’endométriose et on leur accorde peu d’importance. Pour autant, ces douleurs de type neuropathiques nécessitent une prise en charge à part entière, différentes du traitement de première intention de l’endométriose (à savoir le traitement hormonal).
Voici les signes qui doivent alerter chez une patiente atteinte d’endométriose :
Signes évocateurs d’une atteinte pudendale associée :
- Brûlures, picotements ou douleurs électriques dans le périnée, la vulve, le vagin, l’anus ou le clitoris
- Douleur qui s’aggrave nettement en position assise et s’améliore debout ou allongée
- Sensation de corps étranger dans le rectum ou le vagin
- Troubles urinaires : envie fréquente d’uriner, brûlures mictionnelles hors infection
- Troubles ano-rectaux : douleurs à la défécation
- Douleur diurne, sans gêne la nuit
Lorsque ces symptômes suivent un rythme cyclique avec les menstruations, cela suggère fortement une origine liée à l’endométriose. Dr. Seckin
Une association fréquente et sous-diagnostiquée
Les données scientifiques sur ce lien sont solides et convergentes.
Une étude clinique portant sur 46 patientes atteintes d’endométriose ne répondant pas aux traitements conventionnels a révélé que 23 d’entre elles présentaient un déficit moteur du nerf pudendal, et que 22 présentaient une douleur à l’exploration du troisième segment du nerf pudendal. PubMed Central Cela signifie que chez les patientes dont les douleurs persistent malgré un traitement médical ou chirurgical bien conduit, l’atteinte pudendale est probablement bien plus fréquente qu’on ne le pense.
Une publication dans PubMed conclut que chez les patientes jeunes présentant une sciatique unilatérale chronique ou une névralgie pudendale sans étiologie neurologique ou orthopédique retrouvée, une infiltration de l’endométriose sur la paroi pelvienne latérale doit être envisagée comme cause potentielle. PubMed
Par ailleurs, la douleur pelvienne chronique liée à l’endométriose est fréquemment réfractaire aux traitements hormonaux et chirurgicaux. Ces thérapies ciblent les lésions ectopiques d’endomètre, mais n’agissent pas directement sur la douleur liée à la sensibilisation centrale du système nerveux et aux dysfonctions myofasciales, qui peuvent continuer à générer de la douleur. PubMed
La sensibilisation centrale dans l’endométriose
Pour comprendre pourquoi les douleurs persistent, il faut parler de la sensibilisation centrale — un phénomène trop peu expliqué aux patientes.
L’endométriose provoque une inflammation chronique qui sensibilise les fibres nerveuses périphériques. Ces fibres envoient des signaux douloureux répétés vers la moelle épinière, qui finit par s’emballer. Le système nerveux central devient lui-même hypersensible : il amplifie les signaux douloureux, élargit la zone perçue comme douloureuse, et peut maintenir la douleur même en l’absence de lésion active.
Le nerf pudendal, en raison de sa localisation, peut être comprimé par des spasmes des muscles périnéaux liés à la douleur chronique. La thérapie manuelle, en réduisant les tensions myofasciales autour du nerf et en agissant sur le système nerveux autonome, peut contribuer à calmer les signaux douloureux que le nerf envoie de façon anarchique. Pelvic Rehabilitation
L’apport de la thérapie manuelle et de l’ostéopathie
Ce que dit la recherche sur la thérapie manuelle dans l’endométriose
Un essai clinique randomisé publié en 2023 dans le Journal of Clinical Medicine a évalué l’efficacité d’un protocole de thérapie manuelle chez 41 femmes souffrant de douleurs pelviennes liées à l’endométriose. Le groupe ayant reçu la thérapie manuelle a montré des améliorations significatives de la douleur, de la mobilité lombaire, de la qualité de vie et de l’état émotionnel par rapport au groupe placebo. PubMed
Une revue systématique de la littérature publiée en 2022 conclut que la physiothérapie dans ses diverses formes — incluant la thérapie manuelle ciblant la région lombo-pelvienne et la thérapie viscérale — constitue un excellent complément au traitement gynécologique de l’endométriose, en réduisant l’inflammation, en soulageant la douleur et en améliorant significativement la qualité de vie des femmes. PubMed Central
Ce que fait concrètement l’ostéopathe
Dans ce contexte associant endométriose et névralgie pudendale, le travail ostéopathique vise plusieurs objectifs complémentaires :
Libérer l’environnement mécanique du nerf pudendal Le nerf pudendal chemine entre le sacrum, le coccyx, les ligaments sacro-épineux et sacro-tubéral, et le muscle obturateur interne. Les tensions de ces structures — souvent aggravées par la fibrose liée à l’endométriose — peuvent comprimer ou irriter le nerf. Un travail doux sur la mobilité du sacrum, du coccyx, des articulations sacro-iliaques et des ligaments pelviens peut contribuer à réduire cette pression mécanique.
Travailler les adhérences et cicatrices Chez les patientes opérées d’une endométriose — cœlioscopie, résection intestinale, adhésiolyse — les cicatrices et adhérences post-chirurgicales peuvent elles-mêmes créer des contraintes sur le trajet du nerf pudendal ou sur les structures pelviennes avoisinantes. Le travail fascial et cicatriciel fait partie intégrante de la prise en charge.
Moduler la sensibilisation centrale Le système nerveux autonome joue un rôle clé dans la régulation de la douleur chronique. Certaines techniques ostéopathiques à visée neurovégétative visent à soutenir l’équilibre orthosympathique/parasympathique, contribuant à interrompre le cycle de l’hyperexcitabilité douloureuse.
Une prise en charge pluridisciplinaire
Rappelons ce point essentiel: l’ostéopathie ne traite pas l’endométriose, ni ne guérit une névralgie pudendale. Elle s’inscrit dans un parcours coordonné qui peut inclure gynécologue, algologue ou neurologue, kinésithérapeute périnéal, psychologue spécialisé en douleur chronique…
Chez les patientes atteintes d’endométriose ne répondant pas aux traitements conventionnels, une composante neuropathique et myofasciale est présente dans la grande majorité des cas — avec une douleur mixte nociceptive et neuropathique chez 62 % des patientes. PubMed Central Ces composantes répondent précisément aux outils de la thérapie manuelle et de l’ostéopathie.
Quand consulter ?
Vous pouvez prendre rendez-vous si :
- Vous êtes atteinte d’endométriose et présentez des douleurs périnéales, vulvaires ou anales chroniques
- Vos douleurs s’aggravent en position assise
- Vous avez des douleurs qui persistent après une chirurgie pour endométriose
- Vous avez l’impression d’avoir « tout essayé » sans soulagement suffisant
- Votre suivi médical est en cours et vous cherchez un accompagnement complémentaire
Merci d’amener vos examens complémentaires lors de notre consultation.
Sources : Pelvic nerve endometriosis: MRI features and key findings — PMC/RadioGraphics 2024 — Clinical Management of Chronic Pelvic Pain in Endometriosis Unresponsive to Conventional Therapy, PMC 2022 — Relating Chronic Pelvic Pain and Endometriosis to Signs of Sensitization and Myofascial Pain, PubMed 2017 — Effectiveness of a Manual Therapy Protocol in Women with Pelvic Pain Due to Endometriosis: A Randomized Clinical Trial, Journal of Clinical Medicine 2023 — Physiotherapy Management in Endometriosis, PMC 2022 — A Comprehensive Treatment Protocol for Endometriosis Patients Decreases Pain and Improves Function, PMC 2023 — Laparoscopic neurolysis of the sacral plexus, PubMed